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04 Jul

A Versailles, Emmanuel Macron propose sa « révolution »

Publié par SAIDICUS LEBERGER  - Catégories :  #MONDE

Le 3 juillet, le chef de l’État a pris la parole à la tribune du Congrès, pour fixer les priorités de son quinquennat devant les députés et les sénateurs réunis à Versailles.

Dans une déclaration d’une heure et demie devant les parlementaires réunis en Congrès, le 3 juillet, le président de la République a expliqué « le sens » de son quinquennat.

L’évolution des institutions a été au cœur de ce discours programme affirmant la nécessité d’une « transformation résolue et profonde » du pays.

C’était le premier grand discours du président de la République depuis son élection il y a tout juste cinquante jours. Emmanuel Macron l’a voulu ambitieux, d’une portée historique et morale, loin des « querelles stériles » et des « ambitions creuses » qui ont selon lui abîmé la vie politique française de ces dernières années.

Entré dans le grand hémicycle de l’aile du Midi du château de Versailles, à 15 heures précises, lundi 3 juillet, le président a livré aux députés et sénateurs réunis en Congrès un ample discours-programme. Entre tradition et modernité pour « rendre compte », à la manière d’un président américain. Dans un style qui lui est propre, alternant humilité et formules prophétiques, l’autorité et l’affectif, Emmanuel Macron a parlé de sa vision de « la France », du « simple amour de la patrie » et de « la cause de l’homme » aux parlementaires, qu’il a associés dans l’usage fréquent du « nous ».

Une profonde réforme des trois assemblées

Poussant son idée d’en finir avec le clivage gauche-droite et tournant le dos aux expériences de ses prédécesseurs, aux « années immobiles ou agitées », le président de la République a affiché son objectif d’opérer une « transformation résolue et profonde », une « véritable révolution »« Nous n’avons pas devant nous cinq ans d’ajustements et de demi-mesures », a-t-il insisté. Et pour donner plus de poids au changement qu’il veut mettre en œuvre, Emmanuel Macron s’est appuyé sur deux piliers : la « souveraineté » et le « progressisme ». Une façon de replacer son action dans l’Histoire, dont il estime qu’elle a souvent été « prise en otage par le débat politique ».

À LIRE : Emmanuel Macron devant le Congrès : « Ce premier discours restera unique »

Pour redonner à la politique française la « grandeur qui lui a manqué ces dernières années », le président Macron est donc revenu sur la transformation du cadre institutionnel. À l’adresse de ceux qui dénoncent une dérive monarchique du pouvoir, il a répondu que son intervention au Congrès était tout au contraire un hommage aux représentants de la Nation. Une forme d’expression de la fameuse « bienveillance » qu’il invoque et qu’il oppose au « sectarisme » de ses accusateurs. Le président reviendra donc tous les ans s’adresser à la représentation nationale. Il a, comme attendu, annoncé une profonde réforme de nos trois assemblées avec notamment la diminution d’un tiers de leurs membres, l’introduction de la proportionnelle à l’Assemblée nationale et une limitation des mandats dans le temps.

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Le recours au référendum si nécessaire

Il s’est ensuite engagé à renforcer l’indépendance de la justice en renforçant le rôle du conseil supérieur de la magistrature dans la nomination des magistrats du parquet ou en supprimant la cour de justice de la république devant laquelle comparaissent les ministres. Il a confié à la Garde des Sceaux et aux présidents des deux chambres du parlement des rapports sur toutes ces réformes. Mais il n’entend pas fuir ses responsabilités. En cas de blocage, il recourra au référendum.

Les députés de La France insoumise, les parlementaires communistes, ainsi que deux députés UDI et un socialiste avaient laissé leur siège vide. Même chez les députés présents, certains critiquaient dans le discours du président une « humiliation » pour le premier ministre qui doit prononcer le 4 juillet le discours de politique générale. Pour démentir ces accusations, Emmanuel Macron n’est pas entré dans les détails du plan de route du gouvernement mais a fixé un cap et précisé les grands principes qui guideront son mandat. Celui qui ne veut plus d’une République figée, d’une « société de la rente », s’engage non seulement à de « l’efficacité » mais plus encore à « l’effectivité » en changeant en profondeur nos pratiques.

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Rendre la fierté aux Français

Il s’agit d’abord de redonner de l’autonomie aux citoyens, dans un monde ou l’innovation et la recherche ont une place centrale. Il s’agit ensuite de faire place à l’« intelligence » pour sortir ce pays de ses blocages et conduire les réformes. « La France est un pays qui se cabre quand on ne parle pas à son intelligence », a-t-il insisté. Mais dans cet effort pédagogique, on retiendra surtout l’insistance accordée à l’unité du pays. Dans un long dégagement sur le principe de « fraternité », Emmanuel Macron a dépeint une France fragilisée par ses divisions et l’exclusion des plus pauvres. Il entend substituer à « une citoyenneté abstraite et froide » et à des « dispositifs de charité » dispersés « une vraie politique d’inclusion de tous ». C’est, assure-t-il, sans en dire plus sur les détails, « la question la plus profonde qui soit ».

Mentionnant l’éducation, la famille, la culture, il évoque « ces solidarités organiques que nous avons sous-estimées ». Sur un ton grave, il insiste, parle d’une « crise morale et de civilisation », répète à maintes reprises le mot « humanisme » ou celui de « dignité de la personne »« Il faut reforger des solidarités profondes », s’engage le chef de l’État avant de conclure par un appel à « l’engagement de tous », comme il avait commencé à le faire dès le début de son intervention. « En chacun de nous, il y a un cynique qui sommeille, et il faut le faire taire en lui rappelant sans cesse le devoir qui est le nôtre. Alors nous serons crus », promet celui qui s’engage à rendre sa « fierté » aux Français.

Faire avancer la cause de la paix dans le monde

Sur les questions internationales, le président a aussi évoqué les engagements de la France pour lutter contre le terrorisme et faire avancer la cause de la paix dans le monde. Il a plaidé pour « mieux endiguer » les « grandes migrations » par « une politique de contrôle et de lutte contre les trafics de personnes », tout en appelant à « accueillir les réfugiés politiques courant un risque réel ». Sur ce sujet d’une vive actualitéil a annoncé sa volonté de « réformer en profondeur » un système de l’asile « débordé de toutes parts » qui « ne permet pas un traitement humain et juste des demandes de protection ». Le ministre de l’intérieur a été chargé de présenter un plan sur les migrants visant d’une part à accélérer le traitement des demandes d’asile et d’autre part à renforcer la lutte contre l’immigration irrégulière, dont les grandes lignes devraient prochainement faire l’objet d’une communication en Conseil des ministres.

À LIRE : Emmanuel Macron veut « refonder l’Europe » et « construire la paix »

Après la grande leçon de politique, il reviendra le 4 juillet, à la même heure, au premier ministre Édouard Philippe de livrer la feuille de route détaillée du gouvernement, dans une déclaration de politique générale qui sera suivie d’un vote, à l’Assemblée nationale, et lue par le numéro deux du gouvernement Gérard Collomb, au Sénat.

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Les précédents de Sarkozy et Hollande

Avant Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy en 2009 et François Hollande en 2015 avaient déjà usé de la possibilité offerte au chef de l’État depuis 2008 par la Constitution de s’exprimer devant le Congrès.

Le 22 juin 2009, le président Sarkozy annonce devant le Congrès un remaniement de l’équipe dirigée par François Fillon et le lancement d’un emprunt pour financer les mesures gouvernementales à venir. Surtout, il ouvre la porte à un relèvement de l’âge légal de la retraite.

Le 16 novembre 2015, François Hollande s’exprime à son tour devant le Congrès afin de « rassembler la Nation » après « l’épreuve » des attentats du 13 novembre à Paris, les plus meurtriers connus en France (130 morts et plus de 300 blessés). Il annonce son intention de « pouvoir déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ou un acte de terrorisme, même s’il est né Français ».
Une réforme contestée qui ne sera jamais adoptée.

Bernard Gorce et Corinne Laurent

 

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