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09 Jun

«Il faut de l’expérience pour gravir les échelons de l’excellence»

Publié par SAIDICUS LEBERGER  - Catégories :  #INTERVIEW

Ancien ministre de la Communication, Mahamoudou Ouédraogo, est l’un des doyens de la presse burkinabè. Sous son auspice naquit les prix Galian, en 1997. A l’occasion de la célébration du XXe anniversaire, des Galian, sans langue de bois, il nous retrace son historique, jette un regard critique sur les productions journalistiques…
 
Sidwaya(S.) : Vous êtes actuellement, l’un des doyens de la presse burkinabè. Quelle appréciation faites-vous du journalisme dans notre pays ?
 
Mahamoudou Ouédraogo(M.O.) : La presse burkinabè a évolué. C’est une évolution très positive. J’ai commencé à travailler en décembre 1981. Je revenais du Centre d'études des sciences et techniques de l'information (CESTI) de Dakar.
 
A l’époque, pour rentrer dans la profession, lorsque vous avez un diplôme, c’était très facile. On nous recherchait et dès mon arrivée à l’aéroport de Ouagadougou, c’était comme si on m’attendait.
 
J’ai commencé à travailler à la télévision nationale, à peine une semaine après mon arrivée à Ouagadougou, parce que j’étais diplômé option radio et télévision. En son temps, vous n’avez pas de démarche à faire, vous étiez poursuivi comme de l’or.
 
A part cet élément, c’était difficile. Parce que les médias avaient des moyens dérisoires, même si l’on doit reconnaître que les premiers responsables de la Haute-Volta (actuel Burkina Faso) étaient des visionnaires.
 
Par exemple, la télévision a été l’une des premières en Afrique, et la première en Afrique de l’Ouest. Mais, malheureusement, les moyens ne suivaient pas. C’est pourquoi, lorsque vous suivez l’évolution de la télévision, elle a été fermée de 1966 à 1969. Cela montre comment, c’était difficile de travailler.
 
Lorsque nous avons commencé à travailler, la télévision ne couvrait que Ouagadougou. A Bobo-Dioulasso, les populations ne pouvaient regarder les émissions qui ont été diffusées à Ouagadougou que deux ou trois jours plus tard.
 
On émettait trois fois par semaine. C’était la même chose au niveau de la presse écrite, de la radiodiffusion, où les moyens étaient maigres. Les salaires étaient aussi minables. Comparé à maintenant, c’est vrai qu’il y a le pouvoir d’achat et l’inflation qui sont passés par là. Et comparaison n’est pas raison. A l’époque, lorsque vous étiez de catégorie A vous étiez loin d’atteindre, une somme respectable.
 
C’est vraiment le jour et la nuit sur le plan matériel et financier à notre temps et maintenant. Un autre aspect, c’est ce qu’il y avait avant et qu’on ne trouve pas maintenant, c’est surtout la passion. Nous étions nombreux, et il fallait avoir la passion pour pouvoir travailler longtemps dans des conditions difficiles. Sinon, vous partirez chercher ailleurs. La passion suppléait le manque de moyens matériels.
 
S. : Concernant la liberté d’expression, les lignes ont-elles bougé ?
 
M.O. : Sur le plan de la liberté de s’exprimer,  on s’exprime beaucoup mieux aujourd’hui. Si nous parlons de ce qui relève de l’Etat et du public (la radio, télévision et Sidwaya), c’était vraiment des médias d’Etat. Mais, il y a eu une évolution. L’évolution a amené d’abord les offices.
 
Je suis content d’en parler  parce qu’il a fallu lutter et c’est quand j’étais ministre que Sidwaya est devenu office en même temps que la radio et la télévision. Cela a donné plus de marge de manœuvres sur le plan financier et matériel, et en même temps, plus de liberté dans le traitement de l’information. Aujourd’hui, nous sommes fiers de voir ce que nos cadets ont pu réaliser. Il faut le reconnaître, actuellement, il y a beaucoup de liberté dans le traitement de l’information.
 
S. : Cette année, les prix Galian célèbrent leurs 20 ans. Comment vous est venue l’idée d’initier cette récompense.
 
M.O. : L’idée m’est venue de créer ce prix, parce que lorsque j’étais directeur de la télévision nationale, il y avait au niveau de ce média, une sorte d’ « avant Galian » ou des « proto Galian » qui étaient destinés à donner des trophées aux meilleurs agents de la télé. Lorsque je suis devenu ministre, je me suis dit, pourquoi ne pas l’étendre à tous les journalistes pour reconnaître leur mérite et les récompenser.
 
Cela allait les stimuler, les motiver. Ce qui fait mal à tout être humain, c’est lorsque vous faites des efforts pour donner le meilleur de vous-mêmes et cela n’est pas reconnu. C’est pour cela que j’ai créé la « Nuit du communicateur ». Il fallait trouver un nom au trophée, au prix et aux récompenses qu’on allait donner aux plus méritants d’entre eux.
 
J’ai créé une commission en demandant de trouver si possible, un nom authentique en langue nationale. Car, c’est cela qui pourrait nous distinguer des prix éventuellement similaires dans la sous-région et dans le monde. Cette commission est revenue me voir en me proposant une dizaine de noms dont Galian.
 
Et, je leur aie dit, ce nom est euphonique.  A mon avis, il allait comme un gant à la « Nuit du communicateur ». C’est pour cela que j’ai souhaité que nous prenions le nom Galian. Toute la commission a applaudi. C’est comme cela que Galian est né. C’est Roger Nikièma (ndlr : cofondateur de la radio Salankoloto) qui a proposé, le nom Galian. Il a été ancien directeur de la télévision nationale. Donc, il connaissait bien la télé et les médias du pays. Il faisait partie des membres de la commission qui devait proposer le nom du trophée de la nuit du communicateur.
 
S. : Après 19 éditions, pensez-vous que les Galian ont gagné en maturité ?
 
M.O. : Oui. Je le pense. Aujourd’hui, lorsqu’on regarde les œuvres produites par les jeunes, c’est vrai qu’ils ont beaucoup plus de moyens que nous. Mais, franchement, ce sont des œuvres de belles factures. Il faut le reconnaître, parce qu’il faut être objectif. Il y a eu beaucoup d’avancées.
 
Toute œuvre humaine est imparfaite. Il y a des aspects sur lesquels, on peut faire des retouches amélioratives. Si je prends le cas de la presse écrite, dans certains articles, à mon avis, l’on pouvait bien pousser davantage les recherches avant de publier l’article. Si, je prends le cas de la télé ou de la radio, certaines émissions qui ont été primées.
 
A mon avis, au niveau de la recherche documentaire, il y avait encore beaucoup d'efforts à faire. Mais,  je crois que beaucoup de choses formidables ont été faites. J’ai l’espoir qu’un jour, l’organisation de ces prix sera faite, de sorte que le comité aille à la recherche des perles. Mais, qu’elle ne se contente pas uniquement de recevoir des candidatures. Parce que certains peuvent être assez  timides ou timorés, craintifs et finalement ne pas déposer des œuvres qui pourraient être des chefs-d’œuvre. C’est le souhait de mon cœur.
 
S. : Donc, il y a une nécessité de réformer les Galian ?
 
M.O. : Bien sûr. Toute institution est appelée à s’adapter. Il n’y a aucune institution qui soit faite pour toujours. Même notre Constitution, combien de fois elle a été révisée ? Si, on peut réviser le socle fondamental de la vie d’un pays, alors et les autres ? Je crois que c’est même un devoir. Avec le temps qui passe, il faut voir ce qui est périmé dans une institution, les soucis émergents et d’en tenir compte pour faire toujours une œuvre meilleure par rapport au passé.
 
S. : Cette année, un super Galian d’une valeur de 3 millions de F CFA et une parcelle ont été mis en jeu pour récompenser le meilleur journaliste? Faut-il aller vers ce genre de récompense…?
 
M.O. : Honnêtement, ce sont de bonnes idées dans la mesure, où, c’est un plus. Tout ce qui peut apporter un plus motivationnel aux journalistes et aux communicateurs, on ne peut que les applaudir.
 
S. : Parrain de la XIIIe édition, vous affirmiez : « La misère du journaliste conduit à un journalisme de misère ». Confirmez-vous toujours ces propos ?
 
M.O.: Depuis, il n’y a pas eu honnêtement de l’amélioration des conditions de vie des journalistes. Les jeunes confrères se sont battus et continuent de se battre. Je suis entièrement partie prenante de ce combat. Un journaliste qui a faim est prêt à toutes les compromissions. Il faut bien qu’il mange et fasse vivre sa famille. Ce corps mérite davantage de considération. Tout le monde le reconnaît. Quand il y a un changement extrêmement important dans ce pays, on n’oublie pas de citer l’œuvre des journalistes. Mais, quand vient l’heure des récompenses, d’autres corps sont récompensés, mais les journalistes sont malheureusement oubliés. Il faut le reconnaître et le dire. Ce serait de réparer le mal qu’on leur fait.
 
S. : La présence de la jeunesse est remarquée dans les rédactions, quels conseils avez-vous à lui donner ?
 
M.O. : La jeune génération, c’est l’avenir du journalisme dans notre pays. J’ai appris, de mon premier professeur de journalisme à Dakar, que le journaliste, c’est comme du vin. Il se bonifie avec le temps. Lorsqu’on est talentueux, il faut de l’expérience pour gravir les échelons de l’excellence.
 
On ne peut pas devenir immédiatement un excellent journaliste, même lorsqu’on a des dons pour cela. Ce qui veut dire : «  toujours, travaille, travaille, travaille ». N’oublions jamais ce qu’Albert Einstein a dit lorsqu’on lui demandait, qu’est-ce que le génie ? Il a répondu: « c’est 99% de transpiration et 1% d’inspiration ». Je voudrai que la jeune génération qui est si douée et talentueuse n’oublie jamais ce conseil.
 
Interview réalisée par : Abdel Aziz NABALOUM
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