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05 Jun

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Publié par SAIDICUS LEBERGER  - Catégories :  #INTERVIEW

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Abdoulaye DIALLO, un des membres fondateurs du Balain Citoyen

2014 a été sans conteste l’année des grands remous socio-politiques au Burkina Faso ; certains même n’hésitant pas à qualifier ces mouvements, de printemps burkinabè. Comment en est-on arrivé à toutes ces vagues de protestations de 2014 ? Comment est-on arrivé à la formation de ces organisations civiles qui, comme un seul homme ont opposé leur refus catégorique à la modification de l’article 37, un "totem" " (si on peut le dire ainsi) qu’il fallait bien se garder de toucher ? Après le récit du mouvement 21, voici l’histoire du Balai Citoyen contée par l’un des membres fondateurs, Abdoulaye DIALLO

Abdoulaye DIALLO (A.D. ) : Je parlerai de ce que je sais du Balai citoyen pour avoir été un acteur majeur dans l’organisation de ce mouvement puis conseiller et membre fondateur. C’est un mouvement dont j’en suis fier et s’il n’existait pas, il fallait le créer. Après mon BAC en Côte d’Ivoire, j’ai intégré le groupe Cheick Anta Diop au Burkina Faso. Je faisais partie de la génération cheik Anta DIOP qui a beaucoup fait parler d’elle en termes de conscientisation des jeunes à travers des émissions interactives sur la radio Horizon FM de Moustapha THOMBIANO, l’une des premières radios privées dans le temps.

Nos émissions étaient très suivies et elles nous ont approché de plusieurs personnalités aux idées progressistes dont notamment l’actuel Ministre Alpha BARRY, alors journaliste à la radio Horizon FM de Moustapha THIOMBIANO, Norbert ZONGO qui fut pour nous, une personne juste, un formateur voire un mentor, les Pr Laurent BADO et Joseph KI-ZERBO qui participaient activement à nos débats. Ils étaient fiers de voir des jeunes dynamiques capables de tenir des débats de haut niveau. En résumé Norbert Zongo a vraiment été une référence absolue pour moi, un mentor dans tous les domaines. Quand il a été assassiné, j’ai de concert avec Luc DAMIBA,réalisé le film BOLI BANA (Le Destin fatal de Norbert Zongo). Bien que le film ait été censuré, il a été tout de même l’élément catalyseur de nombreuses formations de résistance militant au sein du collectif.

Mais, au fil du temps, la nécessité pour les jeunes de se regrouper indépendamment de leur position idéologique se faisait sentir. C’est ainsi que OZIRIS a créé le "SANKORE" (pour faire allusion à cet ancien centre malien de formation universitaire créée dans la ville de Tombouctou). C’est en fait un café situé à l’arrière-cour du Centre de Presse Norbert ZONGO que nous avons donné le nom "SANKORE" ; c’était là que nous menions nos débats de haut niveau.

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"Smockey et Sam’K LEJAH avaient d’incroyables impacts sur les jeunes " (Dixit Abdoulaye DIALLO)

Comme de l’huile sur le feu, la crise ivoirienne est venue alimenter davantage les débats à SANKORE. Nous avions eu la chance dans le cadre du Ciné Droit libre d’avoir des artistes tels SMOCKEY et Sams’K le JAH avec lesquels nous travaillions. A tous les spectacles auxquels nous les avons associés, nous avons détecté en eux un incroyable impact sur les jeunes. Et du coup, nous avons pensé que ces deux-là étaient bien indiqués pour être les leaders du futur mouvement que nous avions depuis des années en projet. Nous n’avions pas de meilleures alternatives parce que la politique avait tout miné et il fallait trouver des gens qui ont d’autres repères et qui sont encore crédibles auprès de la jeunesse. Voilà ce qui a été notre réflexion. Mais nous avons un peu traîné (depuis 2011) parce nous étions faits de plusieurs courants politiques. Et pendant que nous étions sur les réflexions sur le manifeste, des jeunes sénégalais ont commencé déjà à faire le show avec « Le y’a en a marre ». Le 27 Juin 2013 donc, nous avons invité le mouvement « Y ‘en a marre » au festival ciné Droit libre au cours duquel, nous avons passé d’autres films engagés ; les burkinabé se sont senti fouellettés dans leur orgueil. C’est ainsi que les deux artistes (Sams’K le JAH et Smockey), séance tenante sont montés sur scène et munis chacun de balais, ils ont lancé le « Balai citoyen ». Le nom du mouvement est ainsi trouvé : C’est le " BALAI CITOYEN". On n’avait donc plus besoin de recourir à notre commission de réflexion qui avait été créée à cet effet. 

Egalement le 29 juin suivant, ils ont officialisé le mouvement en prenant part au meeting de l’opposition.

ArBf : Il semble que Smokey était d’abord avec le M21 ?
A.D : Non Smockey n’y était pas ! Il faut situer les choses dans leur contexte. Nous avons aussi des informations que je ne pourrais pas vous livrer dans cet entretien.

Nous avions senti à un moment que des gens allaient encourager la création d’autres mouvements parallèles. Donc, nous avons accéléré. Certes que le M21 a été créé avant la reconnaissance officielle du Balai citoyen, mais nous n’avions pas non plus dormi parce qu’il faillait réfléchir sur la manière de créer un mouvement qui tranche avec des codes habituels de lutte. Et ces outils n’étaient rien d’autre que les réseaux sociaux ; nous avions conscience que les réseaux sociaux étaient des outils puissants à utiliser. Les autres ne comprennent pas ça. 

C’est ainsi que le 25 Août, le balai citoyen a été présenté officiellement au monde entier. Il fallait maintenant une représentation intellectuelle ; c’est ce qui explique notre démarche vers d’autres personnes ressources d’où l’intégration de Maitre Guy Hervé KAM, un avocat dont nous connaissons les positions. Il était important donc d’avoir à la fois une tête d’affiche qui représente le monde artistique tel SMOKEY qui est déjà un artiste et une représentation intellectuelle comme Me KAM que nous connaissions bien pour ses idées progressistes et ses positions assez tranchées.

C’est ainsi que dès la première assemblée, il a été porté comme porte –parole aux côtés de Smockey. Malgré les fausses informations portées contre cette organisation civile, je puis dire que rarement une organisation ne s’est bien portée comme le Balai Citoyen, des jeunes aussi engagés et sans aucune contrepartie. Le Balai citoyen, jusqu’à ce qu’il y ait insurrection n’a reçu un seul copeck de qui que ce soit.

Il a fonctionné sur des cotisations internes. Le premier financement qu’il a bénéficié, c’est celui de DIAKONIA. Comme toutes les autres OSC, il a reçu le financement de cette ONG pour faire une campagne autour des inscriptions sur les listes électorales. Beaucoup de rumeurs dans l’intention de nous discréditer ont circulé sur le financement occulte du Balai Citoyen ou des biens mal acquis de certains de ses membres sous la transition. Selon ses mêmes rumeurs, sous la transition, SMOCKEY aurait reçu une "V8" et Me KAM des parcelles ; tout ceci s’est avéré faux !

Smockey circule toujours dans sa MERCEDES et quand son studio a pris feu, nous avons dû lancer une opération pour le soutenir à la reconstruction de ce studio. Quand vous prenez un homme comme SAM’SK le JAH, il est resté constant depuis des années ; il n’a pas changé dans sa manière de faire. C’est là tout l’intérêt du Festival Ciné Droit Libre en ce sens qu’il a constitué et constitue encore le cadre idéal ou tout le monde se retrouve et peut s’exprimer.

A.Bf : Comment concrètement vous vous êtes organisé pendant l’insurrection ? 
A.D : Ce dont je me rappelle et que je suis sûr, c’est que nous avions l’intime conviction que la grosse erreur de Blaise qui débordera le vase, sera de tenter de modifier l’article 37 pour rester au pouvoir. S’il commettait cette erreur, c’était fini pour lui. Nous en parlions fréquemment dans nos tournées. Et comme le régime s’entêtait et ne semblait pas fléchir ses positions, le Balai citoyen a convié tout le monde le 30 Octobre 2014 à l’Assemblé Nationale.

Et ça, il a fallu travailler pour que le mot d’ordre soit accepté par toutes les organisations civiles et les parties politiques d’opposition. Bien avant même le 30 octobre, il y a eu des discussions houleuses le 24 octobre à Koudougou où les OSC étaient en conclave et devaient prendre des motions de condamnations sur l’entêtement du régime. Certaines OSC n’étaient pas d’accord. C’est là que nous avons décidé d’étouffer le régime chaque jour que Dieu fait à travers notamment des manifestations de tout genre dans la ville.

ArtBf : Comment étiez-vous organisés pour tenir vos réunions sans être repérée par les hommes du régime ? 
A.D : Sachez qu’il existe dans le bureau du Balai Citoyen des gens que vous ne connaissez pas et que vous n’allez jamais connaitre ; ça, c’est une réalité (rires). Il existe des puissants MOGHO (personnes influentes) que personne ne connaîtra et qui travaillent pourtant bien et propre. Un mouvement sérieux doit avoir tout ce beau monde en son sein. Je m’arrête là parce que je suis un conseiller et non la personne autorisée pour me prononcer précisément sur ce sujet.

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ArtBf : Quelle a été la consigne forte pendant l’insurrection afin de coordonner correctement les actions ?
A.D : Les mots d’ordre passaient facilement à partir du moment où tout le peuple était préparé. Nous faisons chaque année de grands sondages dans plusieurs villes du Burkina Faso (au moins 55 villes du Burkina en 10 ans de Ciné Droit Libre avec souvent un public variant entre 4 000 à 10 000 personnes par séance) ; ce qui me permettrait d’apprécier l’opinion dominante. 

Quand l’assemblée nationale a été brulée, tout le monde a compris qu’il s’agissait réellement d’une question de survie parce que si le Monsieur reprenait la situation en main et qu’il restait au pouvoir, nous étions morts autant que nous sommes. Il fallait donc terminer le boulot ; et c’est ce que nous avons fait. Même les hommes politiques avaient compris le danger et étaient pour qu’on termine le boulot. Moi je crois en l’équilibre cosmique. Quand tu poses des actes blizzards à une période donnée et que tu ne fais pas les sacrifices nécessaires pour endiguer le mal, forcement tu en seras victime.

Blaise ne peut pas sortir cadeau, indemne après avoir fait un 15 octobre avec tout ce que vous savez comme injustice et autres crimes et entrer facilement dans l’histoire, ce n’est pas possible ! Ils sont rares ceux qui rentrent dans l’histoire. Il y a en a qui ont essayé d’y rentrer mais l’histoire les refuse l’entrée. Par contre, Sankara est entré dans l’histoire !

A.Bf : En termes de bilan quels pourraient être les acquis majeurs du Balai Citoyen à cette date ?
A.D : Il y a une grande prise de conscience. Les burkinabé ont compris la notion de redevabilité. Prenons l’exemple des tablettes que les députés ont voulu s’offrir, le peuple a réagi. Aujourd’hui, les députés sont obligés de rendre compte de leur action ce qui ne l’était pas avant.

Donc, il existe aujourd’hui une culture citoyenne beaucoup plus développée mais qui gagnerait à être renforcée pour qu’elle passe le cap de l’incivisme pour être véritablement citoyenne. Si une autorité a la prétention de dire qu’elle dirige, il faut donc qu’elle ait l’humilité de rendre compte au contribuable. 
 

A.Bf : Etant donné que vous n’avez pas de soutien financier et sachant que l’argent est le nerf de la guerre, comment comptez-vous procéder pour engranger d’autres victoires ?
A.D : La réflexion est menée avec tout le monde. Certes qu’il faut du soutien mais il faut que ce soit un soutien qui ne nous enlise pas et qui ne nous rend pas dépendant. 

Propos recueillis par Patrick COULIDIATY et Amina YANOGO

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