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23 May

Koglweogo : Le dilemme du gouvernement

Publié par SAIDICUS LEBERGER  - Catégories :  #ANALYSE

Lorsque tu vantes les mérites d’un enfant et qu’il vient te honnir en public, tu ne sais évidemment pas quoi faire si ce n’est baisser les yeux. Mais ce n’est pas tout. Si l’enfant a amputé le bras du public, il t’offrira un dilemme : comment châtier cet enfant sans que ses parents ne te sautent au cou.

Les koglweogos sont-ils efficaces contre l’insécurité qui avait pris au cou de nombreux Burkinabè ? Il est très difficile de répondre non. Si les populations de l’Ouest, celles de Ouagadougou et maintenant de Ténado ne les veulent pas, de nombreuses autres contrées les ont adoptés et ne s’en plaignent pas. Loin de là.

Se faire piquer par un scorpion pour soigner une morsure de serpent
Elles affirment vivre dans la quiétude depuis que ces groupes d’autodéfense se promènent fusil à l’épaule juchés sur leurs motos. Elles arrivent à élever leur bétail et à se sentir propriétaires. Du reste, elles font remarquer que les fameux coupeurs de route font désormais moins parler d’eux depuis l’arrivée de ces justiciers en tenue jaunâtre.

A l’évidence, le gouvernement n’avait pas les moyens d’assurer la sécurité dans tous les compartiments du pays. Alors, à l’avènement des koglweogos, il a trouvé que c’est une bonne affaire pour anesthésier, à défaut d’ôter, cette épine plantée dans son pied. Il lui fallait juste pouvoir maîtriser les effets secondaires. Dangereuse stratégie.

Ces effets semblent un peu trop forts, justement. Les méthodes des koglweogos irritent et hérissent le poil des défenseurs des droits de l’homme et des partisans du tout républicain. De plus, ces groupes d’auto-défense deviennent un peu trop gourmands, trop arrogants au point qu’ils veulent s’imposer partout. De plus, le décret adopté pour les encadrer (pas de port ostensible d’armes à feu, pas de déplacement en groupe d’une localité à une autre) a été enfreint.

Ce dont le gouvernement ne s’attendait pas a été la tragédie de Ténado où 5 personnes ont perdu la vie. Avec à la clé, une levée de boucliers générale contre les koglweogo. Les appels à leur interdiction se font et se feront pressants dans les prochains jours.

Ne pas remplacer un tuyau percé par un tuyau troué

Et voilà l’embarras du gouvernement. Faut-il décréter la suppression des Koglweogos ? Le gouvernement burkinabè en a-t-il les moyens ? Ce qui est plausible, c’est d’avoir sur le dos les populations qui ont accepté les koglweogo et qui estiment qu’ils leur font du bien. Et si les voleurs et autres bandits de grands chemins reprenaient du poil de la bête et rendaient la vie plus que difficile aux dites populations ? Ce serait une autre crise qu’il faudra gérer.

Ne pas les supprimer ? Les koglweogo ont démontré qu’ils sont incontrôlables. Qu’est-ce qui prouve qu’il n’y a pas pire à l’avenir ? Qu’est-ce qui prouve que les koglweogos ne vont pas se liguer, s’armer plus conséquemment pour braver prochainement les couvre-feu, la police, la gendarmerie et même l’armée ?

La seule issue ? Un Etat qui prend ses responsabilités. La seule façon de supprimer les koglweogo, c’est de les rendre inutiles en conquérant le cœur des populations rurales et urbaines : éradiquer l’insécurité par le biais des forces de sécurité républicaines.

Le cas échéant, tout décret supprimant les koglweogo sur le territoire a de fortes chances d’être un joli papier autoritaire mais sans aucun effet sur le terrain.

(Burkina24)

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