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05 May

Femua 10 : Au-delà de la musique, une tribune militante et politique

Publié par SAIDICUS LEBERGER  - Catégories :  #CULTURE

A’salfo, lead vocal du Goupe Magic Système initiateur de Femua

Spectacles enflammés avec des stars de la music ivoirienne, africaine et mondiale, mobilisation populaire et festive…, la scène du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua), qui a eu lieu du 25 au 30 avril 2017 à Abidjan, n’était pas qu’à la célébration de la musique. Elle a été cette année une tribune de sensibilisation à la lutte contre le changement climatique qui frappe l’Afrique, mais aussi une plateforme pour véhiculer des messages sur des questions politiques.

Des concerts gratuits qui ont drainé des milliers de festivaliers, des têtes d’affiche qui ont offert des spectacles époustouflants… Le Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua), organisé par le célèbre groupe ivoirien Magic System, a été une croisade pour sensibiliser sur les effets du changement climatique et éveiller les consciences. D’ailleurs, cette 10ème édition de cette fête musicale sur le continent avait pour thème : « L’Afrique face aux défis du réchauffement climatique ».

Croisade contre le réchauffement climatique

Alors que le continent africain représente moins de 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, il est plus touché par les conséquences des dérèglements climatiques. La Côte d’Ivoire n’est pas épargnée. Le pays a enregistré ses périodes « les plus chaudes » entre 2010 à 2016. La mer avance de 1 à 3 mètres en moyenne par an. Le village de Lahou Kpanda (Grand-Lahou, 100 Km à l’ouest d’Abidjan) quant à lui recule de 10 mètres en moyenne chaque année. « C’est ça la réalité du réchauffement climatique », constate la ministre ivoirienne de l’environnement Année Désirée Ouloto, qui s’inquiète de ce phénomène « particulièrement dramatique ».

Vue des officiels à l’ouverture de la 10e édition de la FEMUA (Photo Anderson Diedri)

Autrefois pays forestier, la Côte d’Ivoire ne l’est plus aujourd’hui. Le taux annuel de déforestation sur la période 2000-2015 s’élève 2,69%, qui représente 95 000 hectares disparus, est l’un des plus élevés d’Afrique. C’est à ce fléau que Magic System veut s’attaquer. Le célèbre groupe Zouglou a lancé le dimanche 30 avril une opération de planting de 1650 arbres au lycée moderne d’Adiaké, ville située à 100 Km d’Abidjan qui a accueilli le Femua délocalisé puis le concert de clôture. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet « Une école, 5 hectares de forêt » qui vise à terme 6000 hectares de plantation forestière par 1200 établissements scolaires sur l’étendue du territoire national. Cet acte est incontestablement un engagement militant pour le groupe Magic System en faveur de la défense et la protection de l’environnement. « Nous estimons que la lutte contre le réchauffement de la planète est une affaire de tous », a assuré A’salfo, le lead vocal du groupe, également commissaire général du Femua, à l’ouverture de ce festival le mardi 25 avril à Anoumabo en présence de cinq ministres ivoiriens et du ministre de la culture et des arts de la République démocratique du Congo, Sylvain Maurice Mashéké.

Hommage à l’immortel Papa Wemba

Ce dernier était également là la veille à la cérémonie d’hommage à Papa Wemba, décédé en pleine prestation sur la scène du Femua le 24 avril 2016. La place du festival a d’ailleurs été rebaptisée « Place Papa Wemba » à cette occasion. Une grande photo de cette figure emblématique de la Rumba congolaise est bien visible à Anoumabo. Le Femua se pose comme un moyen efficace dans la sensibilisation à la lutte contre le changement climatique. « Vous montrez le rôle que la culture peut jouer dans le changement des comportements et surtout l’adoption d’attitudes citoyennes et responsables », se réjouit le ministre ivoirien de la culture Maurice Bandama.

Hommage à Papa Wemba au Femua 10 (Photo Anderson Diedri)

Outre ce message que A’salfo et ses camarades voulaient faire passer, le Femua, comme à ses précédentes éditions, a tenu toutes ses promesses. Les férus de music ont été servis à satiété. Chaque soirée marquée par des concerts a vu défiler sur les scènes d’Anoumabo des célébrités et des icônes de la musique ivoirienne, africaine et mondiale. Des artistes de renom comme Salif Kéita (Mali), Singuila et Black M (France), les étoiles montantes comme Maréma (Sénégal) et Soul Bang’s (Guinée Conakry) respectivement prix découvertes RFI 2015 et 2016, ou encore Bisa Kdei (Ghana) ont tous gratifié le public de leurs belles mélodies. Le samedi 29 avril, troisième soirée des concerts, l’ivoirien Tiken Jah Kakoly, star africaine du reggae était sur scène.

« Jeunesse ivoirienne, en 2020 nous n’allons pas nous laisser manipuler par les politiciens… Nous ne voulons plus de palabre »

Femua : une tribune politique

On peut le dire, ce festival est aussi une tribune politique. En plus de drainer des hommes politiques – les ministres ivoiriens de la sécurité et de la santé étaient présents ce soir -, ce rendez-vous de la musique urbaine et de l’intégration culturelle africaine sert à relayer des positions sur des sujets plus politiques. L’on a constaté que Tiken Jah, l’éveilleur des consciences, reste un artiste très engagé. Sur la question de l’immigration surtout irrégulière qui frappe l’Afrique, il conseille. « Restons chez nous pour le développement de notre continent », exhorte l’artiste.

A l’inverse, il n’est pas tendre à l’égard de l’Occident : « On ne peut pas accepter que tous les pays du monde entier viennent en Afrique, où ils veulent, quand ils veulent, faire ce qu’ils veulent, prendre ce qu’ils veulent, et demander à la jeunesse africaine de rester en Afrique. Nous disons que c’est une injustice qui est trop flagrante, qui mérite d’être dénoncée à la tribune de l’ONU », assène-t-il, avant de gratifier le public de son titre ‘‘Ouvrez les frontières’’. C’est l’extase ! La foule jubile de joie lors de ses prestations…

Le Groupe Magic Système pose symboliquement la première pierre de deux écoles à construire dans le Nord et dans l’Ouest (Photo Anderson Diedri)

A trois ans de l’élection présidentielle dans son pays, son message est sans ambages : « Jeunesse ivoirienne, en 2020 nous n’allons pas nous laisser manipuler par les politiciens. Chacun va voter son candidat. Celui qui gagne a gagné. Et que le perdant reconnaisse sa défaite et félicite l’élu. Nous ne voulons plus de palabre ».

Grâce au Femua, des œuvres sociales comme des écoles et des centres de santé sont réalisées. Cette année, A’salfo annonce la construction de deux écoles à Odienné (nord) et Gagnoa (ouest).

Source: thisisafrica.me

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