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08 May

« Au Burkina Faso, la réconciliation nationale passera par un changement de logiciel politique »

Publié par SAIDICUS LEBERGER  - Catégories :  #ANALYSE

L’ancien président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, en exil en Côte d’Ivoire, le 10 octobre 2016.


Impossible d’avancer sans bâtir un Etat de droit, rappelle notre chroniqueur, et sans que l’avenir des Burkinabés soit au cœur des préoccupations des élus.

Le procès pour « homicide volontaire » et « coups et blessures » volontaires de Blaise Compaoré et de ses anciens ministres s’est ouvert, le 27 avril, au Burkina Faso – et renvoyé au 4 mai puis au 8 mai. L’aboutissement de cette procédure judiciaire est une excellente nouvelle, même si l’ancien autocrate, de son exil ivoirien, n’a pas le courage de se présenter devant la justice de son pays. Ce premier procès est un pas important franchi dans l’édification d’un Etat de droit au Faso, ce qui rompt avec trois décennies d’une justice au pas, à la solde d’un homme et de ses ouailles.

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Blaise Compaoré ne purgera aucune peine même s’il venait à être condamné eu égard à « l’immunité fraternelle » dans laquelle le drape son ami Alassane Ouattara. Mais, déjà, qu’un ancien président soit jugé par la justice de son pays est une avancée pour l’Afrique où, jusqu’à présent, la réédition des comptes des gouvernants est un désir illusoire. Il est en effet impossible de construire un pays sans poser les jalons d’un Etat de droit et d’un fonctionnement normal de la justice. Que Blaise Compaoré, Luc-Adolphe Tiao, son dernier premier ministre, et tous ces anciens maîtres du pays soient devant un tribunal est un symbole extrêmement important dans le cadre de la réconciliation nationale.

Des plaies encore béantes

Mais ce procès requiert une prudence, car il doit être équitable et respecter scrupuleusement les droits de la défense. En dépit des rancœurs et des plaies encore béantes des événements d’octobre 2014, la justice n’a que faire des états d’âme des uns et des autres. Elle a seulement à dire le droit dans une stricte impartialité. Une procédure irréprochable permettrait aux autorités du pays de poursuivre sereinement les autres dossiers, comme ceux des assassinats de Thomas Sankara et de Norbert Zongo, du putsch manqué de Gilbert Diendéré et des autres forfaits supposés commis par l’ancien régime.

Lire aussi :   Burkina : 1300 soldats peuvent-ils changer le cours de l’histoire ?

Sur un autre registre, la réconciliation nationale au Burkina passera aussi, au-delà de l’agenda judiciaire, par un changement de logiciel politique. Ce fut là une limite objective du gouvernement de transition que dirigeaient Michel Kafando et Isaac Zida. Leur empressement à rouvrir le dossier Sankara dicté par la pression de certains leaders politiques et d’une partie la société civile était coupable.

Aussi, leur décision d’interdire à l’ancien parti de Blaise Compaoré de participer aux scrutins présidentiel et législatif a mis à nu leur zèle, leur désir de vengeance, leur amateurisme et leur manque criard de crédibilité quant aux exigences d’une réconciliation dans le pays. Le gouvernement de transition au Burkina a voulu outrepasser son mandat, mal lui en a pris car nombreux sont ceux qui n’en garderont pas un grand souvenir.

Améliorer la vie des gens

Personnellement, je crains que l’agenda judiciaire dans le pays ne l’emporte sur celui impérieux du développement économique. Rendre justice aux victimes des atrocités et des crimes supposés commis dans le pays est une chose, et c’est bien entendu une exigence des Burkinabés. Mais améliorer la vie des gens en est une autre, d’égale importance. On ne peut gouverner un pays dans la dénonciation constante du régime précédent.

Comme au Sénégal, Abdoulaye Wade a sans cesse, face à ses limites et à ses choix erratiques, choisi la parade de la dénonciation des « quarante ans de mauvaise gouvernance du régime socialiste ».

Lire aussi :   Il faut tuer le soldat Sankara

Roch Marc Christian Kaboré ne pourra tenir un mandat sur l’excuse des trois décennies de Blaise Compaoré. Il a été élu pour répondre aux préoccupations des jeunes et des femmes burkinabés. Qu’il s’y attelle enfin car, sensiblement, pas grand-chose dans le vécu de ses concitoyens n’a changé depuis son élection.

Nos Etats sont coutumiers de ce genre de choses : des changements de régime – plus ou moins bruyants – surviennent, parfois avec son lot de morts à la clé. Ensuite, les politiciens arrivent et n’apportent aucune rupture. Tout change pour que rien ne change, avec les mêmes profils, les mêmes méthodes et les mêmes errements qui conduisent aux mêmes échecs. Tant pis pour les morts, on repart pour un tour…

Hamidou Anne est membre du cercle de réflexion L’Afrique des idées.

Hamidou Anne
chroniqueur Le Monde Afrique

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