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28 Apr

L’élection présidentielle française ou la mort de la « Françafrique »

Publié par SAIDICUS LEBERGER  - Catégories :  #ANALYSE

Abdelmalek Alaoui, CEO de La Tribune Afrique

Abdelmalek Alaoui, CEO de La Tribune Afrique (Crédits : LTA)

Et la montagne accoucha d’une souris. Après des semaines de conjectures, le résultat du premier tour de l’élection présidentielle française aura été finalement conforme aux prévisions des instituts de sondage. La confrontation opposera donc le « météorite » Macron, candidat de l’extrême centre, à la championne du repli, Marine Le Pen. Vue d’Afrique, cette élection revêt une importance particulière, car elle signifie la mort de la « Françafrique ».

Décryptage.
Bien entendu, cette élection présidentielle française a été suivie avec beaucoup d'attention sur le continent, plus particulièrement en Afrique du Nord et de l'Ouest. Mais cette attention est surtout focalisée au sein des élites francophones, celles qui ont été formées sur les bancs des écoles françaises et qui tiennent en majorité les rênes de la technostructure politique et économique de leurs pays. Pour l'opinion publique africaine au sens large, le nom du futur chef de l'Etat français importe finalement peu, car aucun changement paradigmatique n'est attendu, ni de la part d'Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen.

C'est donc l'attitude de ces élites francophones d'Afrique à l'égard de l'élection présidentielle française qu'il convient de scruter en priorité, car elle sera essentielle pour l'avenir de la relation entre Paris et le continent. Or, force est de constater que tous les repères anciens, les réseaux informels, les cercles d'influence se retrouveront de Facto bouleversés au lendemain du second tour de cette élection, entraînant mécaniquement la mort de l'ancien système, celui longtemps conspué mais jamais complètement remplacé : la « Françafrique ».

Pensée par Foccart, la « Françafrique » est sous respiration artificielle
L'observateur de la chose africaine notera que la dernière intrusion de ce système élaboré par un certain Jacques Foccart au début des années 1960, fait d'entrelacements d'intérêts croisés et d'indulgence mutuelle, aura eu lieu en mars de cette année, lorsque l'avocat d'origine libanaise, Robert Bourgi, concéda qu'il était bien le mystérieux bienfaiteur de François Fillon auprès de la coûteuse maison Arnys. Mais cette révélation n'eut que peu d'écho et vraisemblablement quasi aucun impact sur le vote des Français. En réalité, cette ultime manifestation de la « Françafrique » n'était qu'un soubresaut de ce système, et non une manifestation de sa prévalence.

En effet, avec l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen, les réseaux anciens de la France en Afrique et de l'Afrique en France seront dans une situation inédite. Pendant près de cinq décennies, ils se sont appuyés sur les deux mouvements majoritaires en France, y ont cultivé des amitiés, parfois soutenu de jeunes premiers prometteurs, ou offert des avantages à de vieux routiers. De manière globale, la « Françafrique » s'est appuyée sur la bipolarisation de fait qui animait la vie politique française. Avec l'arrivée d'acteurs situés en dehors du champ politique traditionnel, l'édifice construit patiemment au fil des décennies se retrouve sans fondations.

Une opportunité pour Paris et l'Afrique
Paradoxalement, ceci constitue pour la France une opportunité. La « Françafrique », in fine, aura fait plus de mal que de bien à la relation de Paris avec l'Afrique. De scandales en révélations, de suspicions en délations, l'ancien système avait montré ses limites et conduit nombre de dirigeants courageux du continent à affirmer leur volonté de s'affranchir d'une relation déséquilibrée.

Et ce mouvement, amorcé au début des années 2000, est appelé à s'accélérer, aplanissant ainsi le terrain de jeu économique et forçant notamment les entreprises françaises à considérer l'Afrique non plus comme un terrain conquis, mais comme un véritable partenaire qu'il convient d'aborder à l'aune des intérêts mutuels.

Peu importe donc pour les Africains que Macron ou Le Pen soient élus dans quinze jours. Quasiment vingt ans jour pour jour après sa disparition, Jacques Foccart vient de mourir une seconde fois. 

Abdelmalek Alaoui, CEO de La Tribune Afrique 

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