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13 Feb

Interview - Siro (Artiste-chanteur) : "Eric Patron ne peut jamais être pédé"

Publié par SAIDICUS LEBERGER  - Catégories :  #INTERVIEW

Interview - Siro (Artiste-chanteur) : "Eric Patron ne peut jamais être pédé"

Yodé & Siro, les deux ex-Poussins Chocs surfent sur les vagues du succès zougloutique depuis plus de 15 ans. Cinq albums qui ont cartonné : Asec-Kôtôkô (1996), Asec-Kôtôkô le retour (1998), Victoire (2001), Antilaléca (2003) et Sign’Zo (2008). Régulièrement invités pour des spectacles en Côte d’Ivoire et à l’extérieur, les enfants de Gbatanikro n’ont plus le temps. Petite causerie à bâtons rompus avec Siro.


• Tu es venu sans Yodé ? 

- C’est vrai qu’on devait être là, tous les deux. Mais Yodé est un peu malade. Je crois que c’est dû à un cumul de fatigue. 

• L’excès de «gombos» ? 

- Oui. Et puis, il y a des amis qu’on n’a pas vus depuis longtemps, qu’il faut aller voir. Le soleil d’Abidjan nous manquait aussi à Bengué (France : ndlr). 

• On a dit que vous aviez fui à cause de la guerre ? 

- Non, nous ne sommes pas partis à cause de la crise. De toutes les façons, nous, on avait déjà une prémonition de ce qui allait se passer, après ces élections. On a quitté la Côte d’Ivoire le jour du vote du second tour (28 novembre 2010 : ndlr). Nous sommes allés aux Etats-Unis pour une série de concerts. Les conflits ont commencé pendant que nous y étions. Et comme la situation ne s’améliorait pas, nous avons rallié la France. On attendait que tout se calme avant de revenir. Vous savez, lorsque vous êtes à l’étranger vous apprenez beaucoup de choses. Et étant là-bas, nous avons vu arriver beaucoup d’artistes, en exil. Ça voulait dire qu’il y avait problème. Pour plus de précaution, on a préféré attendre. 

• Après, comment s’est préparé votre retour ? 

- Nous avons été approchés par Tiken Jah, un mois avant. Ensuite, par A’Salfo. Ils ne sont pas allés nous démarcher, nous sommes des amis. (Il réfléchit). Au fait, avant ça, nous avions prévu rentrer à Abidjan en décembre 2012, pour donner des concerts à Abobo, Yopougon et Duékoué. Entre-temps, A’Salfo est venu nous parler de la Caravane de sensibilisation de réconciliation nationale et la paix. J’ai trouvé que c’était une bonne initiative, parce qu’on parlait de paix. Et quand on parle de paix, il ne faut pas venir «en singleton» (seul : ndlr). Il faut être uni. Le fait pour les artistes d’être unis autour d’une même cause allait influencer les politiciens. Raison pour laquelle nous avons choisi de venir avec tous les artistes pour cette caravane. Le pays a vraiment traversé une crise terrible. Mais il faut la cohésion pour nous en sortir. En tant qu’artistes, c’est cet exemple que nous avons voulu donner aux politiciens. 

• Mais d’autres artistes refusent de rentrer : Serges Kassy, Gadji Céli… par exemple. Que leur dirais-tu ? 

- Qu’ils fassent ce qui est bon pour eux. Vous savez, quand quelqu’un sent sa vie en danger, il est difficile pour lui de faire un choix. Mais je pense que c’est plus au gouvernement de faire des efforts pour les rassurer. Il ne suffit pas seulement de faire un premier pas et abandonner. Il faut terminer ce qu’on a commencé. 

• Beaucoup de choses ont été dites lors de cette Caravane. Entre autres, des artistes se sont plaints d’avoir été payés en monnaie de singe… 

- Nous avons fait des sacrifices. Sinon, ce n’est pas le cachet qu’on perçoit sur des grands live comme ça. Mais je crois aussi que ce que les gens disent n’est pas faux. Les grands frères devaient faire aussi beaucoup de sacrifices. C’est pendant la Caravane que nous avons appris beaucoup de choses, comme tout le monde. Mais je pense que le plus important est le but recherché qui est la paix. 

• Tiken Jah a dit que «les moutons marchent ensemble mais n’ont pas le même prix». C’est quand même frustrant, non ? 

- Dans le show-biz, on se connaît. Chacun connaît sa capacité de mobilisation et sa côte de popularité. Comme Tiken Jah l’a dit, chacun connaît aussi son prix. Je l’ai dit : le plus important dans cette Caravane, c’était le but, réunir les Ivoiriens. Il faut retenir une chose : si les politiciens sont payés pour leurs bêtises, les artistes doivent être payés pour leur travail. C’est pendant la Caravane qu’on a connu le cachet de certains artistes. J’étais avec A’Salfo et on était surpris. Mais nous avons préféré ne pas en parler. Ça n’en valait pas la peine, puisque l’objectif était d’être ensemble, dans la joie. 

• Plus de 800 millions F CFA engloutis dans cette tournée ! Etait-il nécessaire d’investir autant d’argent, à ton avis ? 

- Aujourd’hui, la Caravane ouvre une porte à la paix. La CDVR avait un problème pour démarrer. Je pense que la Caravane de la paix a ouvert une porte à la paix. Je pense que c’est une bonne initiative. Sauf qu’elle n’a pas été bien préparée. Il y avait beaucoup de ratés dans l’organisation et dans la communication. Or il fallait bien communiquer, mais on a l’impression que ça a été un peu précipité. J’ai cependant aimé l’étape de Duékoué, même si j’ai un petit regret qu’on n’ait pas pu faire de concert là-bas. 

• OK. Parlons de votre séjour en France. C’était dur ? 

- Non, non ! On travaillait, on avait des “gombos”. Je dis merci à Dieu, parce que durant les 2 années que nous avons passées là-bas, on n’avons pas manqué de “gombos”. Au cours de cette période aussi, Yodé s’est marié. Il a fait le plus grand mariage des artistes en France. Il avait trouvé l’âme sœur ici avant qu’elle ne parte en France. Et arrivé là-bas, ils ont décidé de se marier. 

• Etant tous les deux mariés, vous arrive-t-il souvent de regretter votre vie de célibataire, cette liberté ? 

- Non, c’est toujours la même liberté. Il faut savoir faire la part des choses. Il y a des moments où on vit comme un oiseau. Libre. Ça, c’est entre 18 et 25 ans. Puis, à partir de là, on commence à s’assagir. Je pense que tout ce qu’on a fait dans le passé était obligatoire. Il fallait passer par cette étape pour acquérir de la sagesse. 

• Yodé a toujours un petit sac qui ne le quitte jamais. Tu lui as déjà demandé ce qu’il fait avec ? 

- Hum, moi je ne sais pas, hein. (Rires). En fait, il aime son sac. C’est là qu’il met tous ses papiers, sa carte d’identité, son permis de conduire et autres. 

• Tu as déjà vu à l’intérieur ? 

- Oui. Il y a des CD, son permis, ses clés, des trucs comme ça… 

• OK. Dans la chanson «chacun son choix», le dernier couplet s’achève par le goût des pédés. Et vous commencez aussi par citer le nom d’Eric Patron à ce moment-là… 

- En fait, quand on fait une chanson, on cite généralement nos amis. Et lui, il n’y avait pas son nom parmi ceux qui avaient déjà été cités, or c’était la dernière chanson de l’album. Et là, on a mis son nom et celui des Garagistes. 

• Sais-tu qu’il se raconte qu’Eric Patron serait un homosexuel ? 

- Eric ne peut jamais être pédé. En fait, les gens n’aiment pas voir quelqu’un évoluer. Eric, c’est un jeune homme qui a du talent, il évolue. Les gens n’aiment pas ça. 

• Vous, les zouglou, qu’est-ce qui vous fait tous grossir comme ça ? Les grosses bières, peut-être ? 

- (Il rit). Une fois que tu tournes beaucoup, il est difficile de te contrôler. Tu es toujours en spectacle. Tu es à l’hôtel. Tu manges, tu bois, tu dors. Quand tu te réveilles le matin, tu écoutes la radio. Tu n’as même pas le temps d’aller au sport. Tu sors de ta maison, tu ne peux pas marcher. Si tu le fais, les gens vont dire : ah, celui-là, il est tombé ! Pourtant, un homme normal doit faire au moins 500 pas par jour. Donc, tu es obligé de prendre ta voiture. Nous, on ne peut pas vivre comme des fonctionnaires, c’est-à-dire établir un emploi du temps. A tout moment, on peut nous appeler pour un spectacle. 

• Yodé et toi, lorsque l’un d’entre vous est indisponible pour un spectacle, que faites-vous ? 

- On ne joue pas. Sauf si c’est un truc amical. Ou bien s’il y a une contrainte particulière ! 

Par François Yéo in topvisages.net 

francoisyeo@topvisages.net 
Samedi 4 Mai 2013
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La Dépêche d'Abidjan

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