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19 Nov

Le Burkina ne plante plus d’OGM

Publié par SAIDICUS LEBERGER  - Catégories :  #AGRICULTURE

De passage à Genève, Aline Zongo, militante de la protection du patrimoine génétique africain, éclaire l'échec d'une expérience transgénique.

Le Burkina Faso avait accepté en 2008 d’être le cobaye de la multinationale Monsanto en Afrique de l’Ouest. Dès l’année suivante, ce petit pays, l’un des principaux producteurs de coton du continent, a presque entièrement remplacé sa fibre textile traditionnelle par les OGM de la firme étasunienne. Six ans après, c’est la débandade. Les trois sociétés cotonnières du pays annoncent, fin 2015, l’abandon des semences transgéniques en raison de leurs piètres performances. Mais le Burkina continue à soutenir des recherches sur le maïs et le niébé (haricot) OGM, s’inquiète Aline Zongo, représentante de la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (Copagen), implantée dans neuf pays d’Afrique de l’Ouest. Le Courrier a rencontrée la spécialiste burkinabè à l’occasion d’une conférence organisée par Swissaid à Genève.

Le coton transgénique semble avoir été une catastrophe pour les producteurs burkinabè...

Aline Zongo: Le coton BT avait été présenté aux Burkinabè comme une solution miracle aux attaques d’insectes contre les capsules de coton, ainsi qu’un prodige pour l’augmentation des rendements, l’amélioration des conditions de vie et la diminution de la pénibilité du travail. Il n’en a rien été. Dès la seconde récolte déjà, le coton transgénique s’est révélé de mauvaise qualité, avec une fibre plus courte et plus terne. Alors que le coton burkinabè était très bien placé sur les marchés mondiaux, il a perdu sa place.

Deux tiers du coton étaient désormais classés «mauvais» à «moyen», et ont donc été vendus à bas prix. Quant à la diminution de l’usage des insecticides, promise par Monsanto, ce n’était qu’un leurre. Cela a fonctionné la première année seulement. La baisse des coûts des intrants n’a donc pas eu lieu, c’est au contraire à une augmentation des charges à laquelle nous avons assisté car les semences vendues par la multinationale américaine sont chères.

La production n’a-t-elle donc pas progressé?

Le rendement du coton BT s’est révélé inférieur à celui du coton traditionnel: 1192 kilos par hectare pour le premier, contre 1600 kilos pour le second en 2015, selon une étude que nous avons menée auprès de 300 petits producteurs. Certains grands agriculteurs s’en sont toutefois mieux tirés, au-delà de 25 hectares d’exploitation.

Avez-vous documenté des dommages sur l’environnement lié au coton BT?

Aucune étude n’a été réalisée à ce jour. Selon certains paysans, les populations de papillons ont diminué. Ils se sont plaints aussi que leurs champs de sésames qui jouxtaient les plants de coton BT devenaient un refuge pour les insectes nuisibles, détruisant leurs récoltes. Pour l’éviter, il faut que les cotonniers convertis aux OGM préservent une zone tampon plantée de coton traditionnel. C’était d’ailleurs une consigne de Monsanto pour éviter que le BT devienne lui-même vulnérable aux insectes. Mais les petits paysans ne l’ont pas respectée.

Monsanto a-t-elle indemnisé la Société burkinabé des fibres textiles (Sofitex)?

La Sofitex a réclamé 43 milliards de francs CFA (70 millions de francs suisses) de dommages et intérêts à Monsanto car c’est elle qui a assumé la majeure partie des coûts de ce désastre. La firme américaine refuse tout dédommagement car elle impute le problème au non-respect supposé des protocoles d’utilisation de la semence transgénique et aux conditions environnementales notamment.

Les paysans burkinabè ont-ils pu déjà se reconvertir aux semences traditionnelles?

Les sociétés cotonnières avaient planifié un retrait progressif. Mais face à l’attitude intransigeante de Monsanto, elles ont accéléré le processus. La récolte d’octobre et novembre 2016 est déjà à 100% issue de semences traditionnelles. Heureusement celles-ci étaient encore disponibles.

Cet échec de la technologie OGM ne représenterait-elle paradoxalement une bonne nouvelle pour l’Afrique. Il devrait refroidir les ardeurs pour planter d’autres produits transgéniques sur le continent?

J’espère que nos dirigeants seront assez clairvoyants pour tirer les leçons de cette affaire. Mais je n’y crois pas trop. Même au Burkina, le gouvernement continue non seulement de promouvoir les recherches sur le maïs et le niebé (fève de haricot) OGM, mais se vante même de le faire! Quand on me dit que nous avons gagné la bataille sur le coton BT, je ne peux pas me réjouir car je pense que ce qui est à venir peut être bien pire. Le maïs et le niébé sont la base de notre alimentation! On ne peut pas s’amuser avec cela! Non seulement nous ne connaissons pas l’impact de ces organismes sur les plans sanitaires et écologiques, mais cela rendrait de plus les paysans complètement dépendants de firmes comme Monsanto.

Certains gouvernements affirment que cela pourrait permettre de mieux nourrir la population...

Ne tombons pas dans les illusions que les multinationales nous vendent. Nous savons tous quoi faire pour augmenter la disponibilité des aliments: aider les paysans à accéder aux intrants, à l’eau et aux marchés. Diffuser des techniques simples pour préserver les sols. Améliorer les routes pour que les petits cultivateurs puissent écouler leur production (qui souvent pourrit sur place). Le problème n’est pas d’ordre technologique. Si les moyens financiers utilisés pour développer les OGM étaient investis auprès des paysans, la question serait peut être déjà réglée

lecourrier.ch

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