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22 Nov

Industrialisation de l’Afrique: et si on passait enfin aux actes?

Publié par SAIDICUS LEBERGER  - Catégories :  #ANALYSE

Le 20 novembre de chaque année, la «communauté internationale» célèbre la Journée de l’industrialisation de l’Afrique. Placée cette année sous le thème «Le financement de l’industrialisation en Afrique: défis et stratégies gagnantes», la célébration de cette journée intervient un mois après la troisième édition du Rebranding Africa Forum à Bruxelles. Initié par le magazine panafricain Notre Afrik et le Groupe de presse Samori Media Connection, ce forum a réuni, du 13 au 15 octobre dernier dans la capitale européenne, experts, consultants, et spécialistes de haut niveau…

Décrétée par les Nations unies, la Journée de l’industrialisation de l’Afrique permet, chaque année, d’«aborder des problèmes liés au développement industriel durable et d’évaluer les stratégies d’atteinte des objectifs visant à faire des Africains des partenaires égaux dans ce nouveau monde». Une occasion rêvée pour inciter les pays à s’engager davantage dans le processus industriel. Mais aussi et surtout pour «susciter une prise de conscience au niveau mondial et mobiliser l’appui international en faveur du développement industriel de l’Afrique».

Une philosophie et des objectifs qu’épouse parfaitement le thème de la troisième édition du Rebranding Africa Forum (RAF). En effet, en choisissant d’appeler les participants à réfléchir sur les voies et moyens susceptibles de… «Relever le défi de l’industrialisation de l’Afrique», le RAF a su apporter son grain de sel à une démarche chère aux Nations unies. Le RAF 2016 a précisément apporté de l’eau au moulin du Programme de développement durable à l’horizon 2030, adopté le 25 septembre 2015 par les États membres de l’Organisation des Nations unies, qui indique qu’«une industrialisation inclusive et durable contribuerait pour beaucoup à aider l’Afrique à surmonter ses graves problèmes de développement».

Selon le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, «cette année, à l’occasion de la Journée de l’industrialisation de l’Afrique, nous voulons faire mieux prendre conscience de l’importance que revêt la mobilisation des ressources nécessaires au financement d’une industrialisation durable qui profite à tous. Pour ce faire, les pays africains doivent adopter des politiques de transformation qui favoriseront la croissance du secteur privé, faciliteront les initiatives de création d’entreprises, augmenteront les investissements et établiront des partenariats durables».

Ces mots résonnent incontestablement en écho au constat des experts, consultants et spécialistes qui, le 13 octobre dernier à Bruxelles, se sont donné le mot pour dire que… l’industrialisation de l’Afrique, c’est maintenant! La troisième édition du RAF a en effet clairement sonné l’alerte pour que l’on passe du discours aux actions afin de donner toute sa place à ce levier important du développement du continent. A cet effet, Carlos Lopes, ancien secrétaire exécutif de la Commission économique de l’ONU pour l’Afrique, a identifié six points clés sur lesquels «l’Afrique entend mettre l’accent dans le cadre de ses efforts visant à changer son image et à se préparer à être la nouvelle frontière de l’industrie manufacturière».

Les ambitions de l’Afrique

Ainsi, selon celui qui a quitté son poste fin octobre dernier — «Le président Kagame, que ses pairs ont chargé de réfléchir à une réforme de l’Union africaine, m’a demandé de faire partie de la petite équipe qui travaille avec lui» —, les ambitions de l’Afrique dans ce domaine reposent notamment sur «le renforcement des politiques et des institutions industrielles», ainsi que sur celui des «moyens de production et des capacités commerciales du continent». Puis «l’investissement dans l’innovation et la recherche et le développement», ainsi que «le financement novateur du développement industriel du continent», viendront compléter «la mise en place d’infrastructures, notamment énergétiques, aux fins d’industrialisation», d’une part, et «la promotion des compétences et des talents en vue du décollage industriel», d’autre part.

C’est donc sur ce socle que l’Afrique devrait travailler à relever le défi de son industrialisation, tout en gardant à l’esprit, comme l’indique Didier Acouetey, que «tant que nous n’investirons que 1% de notre richesse dans la recherche et le développement, il sera difficile d’industrialiser le continent».

Sur la question, qui a du reste alimenté les échanges du deuxième panel — «Technologies du futur et enjeux énergétiques» —, Thierry Zomahoun affirme qu’«on ne décrète pas une industrialisation, on ne décrète pas une révolution technologique. Elle se travaille, elle se prépare, elle se planifie… avec les acteurs qu’il faut»!

Il faudra donc passer résolument de l’élégance du verbe à l’élégance de l’action. Car, aussi bien pour l’industrialisation que pour toutes les grandes problématiques qui questionnent aujourd’hui le développement du continent, les choses changeront notablement, pense encore à juste titre Didier Acouetey, «le jour où l’Afrique décidera sérieusement d’aborder sa transformation économique et industrielle», non pas avec des discours, mais plutôt à travers «des décisions fortes et surtout une mise en œuvre efficace».

La force d’un continent

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le RAF’2016 aura réussi à souligner la force d’un continent en mouvement, à travers des lignes de force qui s’inscrivent déjà dans la vision prospective dégagée par Donald Kaberuka, Haut représentant de l’Union africaine pour le financement qui, dans ses notes finales, met le doigt sur ces choses qui changeront bientôt le monde: la technologie, l’accélération de la globalisation, le poids des pays dits émergents dans l’économie mondiale, les changements climatiques…

En attendant la quatrième édition du RAF — prévue pour se tenir les 6 et 7 octobre 2017 autour du thème «Enjeux et défis des systèmes financiers africains face au dividende démographique» —, cette troisième édition aura comblé toutes les attentes. Et pour le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, «le Rebranding Africa Forum se positionne comme le rendez-vous annuel où sont tracées les voies de l’émergence et du développement de l’Afrique».

Dans un message lu aux participants le 14 octobre dernier par le ministre burkinabè des Affaires étrangères, le chef de l’Etat burkinabè, qui n’a pas pu faire le déplacement de Bruxelles, a notamment indiqué que cette manifestation «s’impose d’ores et déjà comme un cadre où sont magnifiées les réussites africaines, si nombreuses mais pourtant si peu connues».

Par Serge Mathias Tomondji
FasoZine

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